Mes réflexions sur la réunion publique « Riantec en commun »
Je ressors de cette longue réunion avec un sentiment de malaise.
Je me suis toujours intéressée à la politique, dès mes 18 ans, j’allais assister aux conseils municipaux. Mais j’ai longtemps hésité à franchir le pas, précisément par peur de vivre ce que j’ai vécu ce soir.
Les gens qui vous tapaient dans le dos hier ne vous regardent plus dans les yeux. Ils vous fuient. J’ai le contact facile, j’aime avoir de bonnes relations avec mes voisins, mes compagnons de sport, mes semblables. Je crois même que c’est le sens de la vie : utiliser ses talents pour faire du bien autour de soi.
Ajoutez à ça une certaine capacité à détecter l’incohérence et une honnêteté un peu crue, on pourrait croire que la politique n’est vraiment pas faite pour moi. Mais c’est peut-être justement pour ça que j’y ai ma place.
Si j’ai voulu m’impliquer, c’est parce que je suis profondément triste de voir l’évolution de Riantec. Je ne connais personne qui se réjouisse de la situation. L’état du monde va en s’aggravant et je suis persuadée que c’est au niveau municipal que nous devons engager nos efforts, retisser des liens.
Nous sommes une ville de 6 000 habitants avec deux listes qui ont eu du mal à se compléter. Port-Louis, deux fois moins peuplée, en présente quatre. Locmiquelic, trois. N’est-ce pas le signe que beaucoup de Riantécois se désintéressent de l’avenir de leur ville et que beaucoup d’autres sont simplement dépités ?
Une soirée inconfortable
Ce soir, j’ai encore mis les pieds dans le plat. Après avoir été applaudie à la réunion de Mme Le Roch, cette question tout aussi dérangeante passait moins bien dans une salle pleine de soutiens à M. Malardé, les opposants étant là en sous-marins. Comme la liste sortante qui se targue de s’être renouvelée, cette liste se présente comme nouvelle même si M. Malardé en est toujours la tête.
Je comprends que la critique soit dure à entendre. Tous ceux qui s’engagent, dans les listes, aux réunions, le font avec leurs motivations propres, et c’est noble. Qui suis-je pour venir faire tanguer la barque ?
Mais quand on entre dans ces cercles, on réalise qu’un petit nombre d’irréductibles s’y sentent à l’aise. Les mêmes listes qui se régénèrent, encore et encore, pour le même résultat. Via ce site ou lors de conversations, des gens m’ont confié avoir envie de participer mais trop conscients des batailles d’ego qui s’y jouent, ils ont abandonné l’idée.
J’ai affuté mon ego qui n’a pas trop d’effort à faire pour se lancer dans l’arène. Mon but n’est pas d’entrer dans la danse mais de changer le tempo. Cela crée une dissonance, et j’observe.
Ce que j’ai vu et entendu
La liste « Riantec en commun » a une approche très différente de celle de Mme Le Roch. Dans la forme, la parole a circulé : chaque co-listier a exposé un thème ne laissant finalement que très peu de temps de parole à la tête de liste. Le programme a été construit dans l’ouverture, en invitant ceux qui le souhaitaient à y contribuer et à rejoindre la liste.
C’est de cet exercice de tables rondes regroupant tout au plus une trentaine d’habitants qu’ils ont décidé que l’une des premières actions de la future municipalité sera de lancer un appel à projet pour la création d’un tiers lieu.
Ils ont intégré un chapitre entier sur la démocratie participative mais ils n’en comprennent pas les implications. J’ai assisté à deux de leurs réunions et s’ils ne sont pas capables de se remettre en cause sur leur méthodologie, d’aller chercher certaines expertises de facilitation, ils ne réussiront pas à sortir les citoyens de leur désintérêt pour la vie locale. Décréter des réunions de quartier ne suffit pas. Si des habitants s’engagent dans un processus de concertation, il faut que ce soit pour un résultat tangible sinon, ce ne sera qu’un soufflet et il sera quasi impossible de les faire revenir.
D’ailleurs, dès les premières demandes du public, la démocratie participative s’est évaporée. Le réflexe de vouloir répondre, contenter tout un chacun, est tenace. Une dame demande les lumières du bourg jusqu’à 23h. Longue réponse faite de détours sur l’installation des LED, sur les boitiers, sur la nécessité de soumettre le dossier à Morbihan énergie pour obtenir un chiffrage précis, puis “…On peut simplement mettre 22h30… » aussitôt rattrapé d’une tape sur l’épaule par des co-listiers soucieux d’écologie.
Sont également réapparus dans cette réunion les sourires au mystérieux collectif guinguette reçu également par madame Le Roch. « Riantec en commun » est donc aussi tout à l’écoute des collectifs. Le Collectif Kerner était également présent et à reçu une ovation. Un collectif regroupant une soixantaine de personnes. Obtiendront-ils le budget pour aménager l’aire du Dojo avant ou après le collectif guinguette ? On verra bien. Y aura-t-il un collectif tiers Lieu et fusionnera-t-il avec le collectif guinguette pour passer devant le collectif Kerner ?
Une démocratie participative bien définie ne serait-elle pas le remède à ces collectifs obligés de se monter pour avoir des réponses ?
Je suis restée après la réunion comme après celle de Madame Le Roch et là où j’avais pu discuter avec beaucoup de franchise avec 4 co-listiers, ce qui m’avait donné une vraie bouffée d’optimisme, cette fois-ci rien. J’étais brebis galeuse. Cela me confirme dans l’idée que cette équipe n’a que les apparats de l’ouverture et du participatif. Ce qui dérange est poussé de coté, démonétisé, ils n’y voient pas l’occasion d’apprendre. Et pourtant s’ils sont aux manettes, ils seront confrontés à bien plus coriace que moi.
La suite
Le malaise, je l’accepte. Je continuerai à naviguer avec. Je suis justement à un endroit où je n’ai pas besoin de faire plaisir aux gens, pas nécessité à marcher sur des oeufs. En acceptant radicalement le malaise, j’ouvre cette zone de confort pour pouvoir décortiquer et m’exprimer sans concessions.
J’irai au plus de conseils municipaux possibles. Je rendrai compte de ce qui s’y décide, pour tous ceux qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas, aller sur ce terrain, pour tous ceux qui sont ouverts à une autre parole. J’irai aussi pour moi, pour apprendre, pour construire.
Cette réunion a été filmée : je n’ai donc pas besoin de vous en faire un compte rendu exhaustif, vous vous ferez votre propre opinion. Je mettrai le lien ici dès qu’il sera disponible.
Je vais maintenant rediriger une partie de mon énergie vers le podcast dont j’ai commencé l’enregistrement : Epicentre Citoyen, des entretiens sur la vie municipale. Comment on gouverne, comment on coopère, comment on construit l’avenir d’une ville.
Je suis persuadée qu’il est possible de faire autrement. Je vais maintenant apprendre, aller à la rencontre des équipes d’autres communes, de chercheurs pour trouver comment ceux qui restent à l’écart de la vie municipale pourraient retrouver l’envie de réfléchir et de participer aux décisions qui nous concernent tous.
La meilleure répartie de la soirée
Une habitante, mère de jeunes adultes, interpelle la liste sur la difficulté pour ses enfants à se loger à Riantec en raison du coût élevé de l’immobilier. Lorsqu’un membre de la liste suggère le dispositif « un toit deux générations » (qui propose de loger un jeune de 16 à 30 ans chez un senior retraité disposant d’une chambre libre), la dame répond :
“Un toît, deux générations, je trouve ça très très bien. Le truc c’est que si ils nous quittent c’est pas pour retourner vers une personne âgée”










