Mise au point
La nuit porte conseil
Ça m’arrive régulièrement : je me réveille avec une prise de conscience.
Ce matin, la claque est rude. Une de celles qui vous remettent à votre place.
En rentrant hier soir de la réunion publique de « Riantec en commun », je me trimbalais un malaise. J’ai écrit mes réflexions à chaud, rationalisé, me réconfortant dans un décalage qui ne m’est que trop familier. Pourtant, pendant la soirée, un petit geste à mon égard, anodin mais anachronique, était resté confiné dans un repli de mon cerveau.
La nuit a été courte. Impossible de calmer mes méninges. J’ai cauchemardé. Dans ce songe j’étais comme M. Wind dans cette pub fabuleuse : je taquinais les colistiers, mais à la fin ils m’attrapaient et me déchiquetaient. Pas la même fin que Mr Wind, malheureusement.
Je me réveille en sursaut. Je suis encore en un seul morceau.
Et là, l’écho de ce geste, la cause de mon inconfort, me paraît évident. Quelle sotte, me suis-je dit. Toute occupée à vouloir montrer ce que je voyais de la situation riantécoise, j’ai donné l’impression que je soutenais la liste d’opposition.
Rectifier le tir
Je vais donc rectifier. Même si, je le devine, il en faut plus pour influencer les gens dans leur vote. Mes publications ont une portée modeste. Même si j’ai été reconnue ici ou là, j’imagine que mes articles ont surtout servi de biais de confirmation plutôt que de véritable orientation pour les indécis.
Si je résumais mon parcours dans cette campagne de façon schématique et sans fards, je dirais :
J’étais persuadée qu’on ne pouvait que faire mieux que l’équipe municipale en place, j’ai donc décidé de m’engager en allant aux réunions de la liste d’opposition.
Là-bas j’ai compris que l’on pouvait faire pire alors j’ai pris la décision de constituer une troisième liste.
Je voterai blanc. Je ne peux pas me résoudre à mettre l’une de ces têtes de liste dans l’enveloppe. Je crois que mon amertume vis à vis de la liste d’opposition est plus grande car ils décrédibilisent les méthodes d’intelligence collective alors que je pense qu’elles ont un rôle à jouer primordial dans l’avenir de nos communes.
Ce que j’emporte
J’ai fait de nombreuses erreurs dans ce court parcours. J’ai critiqué des démarches par lesquelles j’étais moi-même passée et fait preuve de peu d’indulgence. J’ai choisi la confrontation pour essayer de casser le moule, dévoiler les personnalités pour un résultat limité à des remous émotionnels. Mon message n’est pas du tout passé et je n’ai fait que créer du rejet.
J’ai entendu beaucoup de « c’est comme ça que ça marche ». J’ai observé les comportements, regardé l’inflation de mon propre ego, engrangé pas mal d’interrogations. J’ai vu de nombreuses peurs des uns et des autres jouer leur numéro sur cette scène de campagne.
Une de mes spécialités, c’est de poser des questions. De me demander : pourquoi fait-on les choses ainsi ? C’est utile, la curiosité, elle m’a permis dans le passé d’obtenir des résultats là où on ne les attendait pas. Quand on pose cette simple question, on réalise à coup sûr qu’on fait telle ou telle chose parce que « c’est comme ça », par conformisme. Ce questionnement me sera précieux dans le voyage que j’entame.
Mais mon premier questionnement a été : pourquoi des gens veulent-ils être élus ? Pourquoi se mettre à cet endroit où l’on cristallise autant la colère que la flatterie ? Une mairie est un lieu comme nul autre. Former une équipe souvent hétéroclite et novice, qui doit s’articuler avec des agents qui sont les gardiens du temple. Maîtriser la diversité des domaines, le social, l’urbanisme, l’environnement, le sport, les finances… Pourquoi certains estiment-ils avoir les capacités de faire ce qu’il y a de mieux pour le collectif et d’autres non?
J’ai dû me poser cette question pour moi-même. Et je continuerai à me la poser tant que je me ferai déchiqueter dans mes rêves. Est-ce que je peux améliorer la vie des autres depuis cet endroit-là ? Pas sûr. En si peu de temps, j’ai enclenché pas mal d’émotions négatives surtout à cause de ma posture haute, critique, atypique.
Ce n’est probablement pas avec eux que l’avenir s’écrira. Mais s’il y a à Riantec une trentaine de personnes de plus qui captent ce que j’essaye d’exprimer, c’est avec elles que je pourrai créer les conditions d’une coopération dynamique. Le travail de fond commence.










