Peut-on faire de la politique municipale autrement ?
Le conseil municipal a été formé.
Maintenant que les élections sont passées, je suis en mode apprentissage. Je garde une amertume de tout ce processus, mais qui, je l’espère, se dissipera dans le travail de fond que j’entame.
Il me fallait tout de même une piqûre de rappel avant de pouvoir entamer cette mue.
J’ai récolté les conséquences de la façon dont j’ai abordé les choses. Comme mon implication est née d’une colère, je suis restée sur ce mode à chaque étape, navrée de l’état des choses.
Navrée de l’état de la ville et de cette équipe municipale si fière de son bilan. Il y avait pour moi une dissonance entre mes conversations avec les habitants, toujours teintées de déception et de résignation, et l’équipe sortante si fringante.
Navrée de voir la liste d’opposition se réclamer de la démocratie participative tout en faisant fuir ceux qui auraient pu apporter des compétences. Et s’il n’y avait eu que moi ! Un homme aujourd’hui adjoint au maire m’a dit que les compétences n’étaient pas importantes, et un colistier d’appuyer son propos par l’exemple : lui-même travaillait sur un dossier qui n’avait rien à voir avec son domaine d’expertise.
Navrée de voir que les deux listes n’étaient intéressées que par la perspective de gagner les élections, sans se demander si elles avaient les forces nécessaires pour gérer la mairie et les affaires communes pendant six ans (en réalité 7 ans puisque 2032 devrait être une année d’élections présidentielles). Il y a beaucoup de tectonique des relations, et toujours cette sensation d’un petit entre-soi grégaire qui découragera tous ceux qui ne se conforment pas.
Navrée de cette agitation condensée sur quelques semaines où chacun se presse à serrer des mains au marché ou dans les associations. Les réunions publiques avaient des allures de règlements de compte ou de listes de courses.
Aujourd’hui, mon constat subjectif, fondé sur les gens que je connais : la plupart ont de nouveau voté pour l’un ou l’autre sans aucune conviction. J’ai entendu pas mal de « faut changer, on n’a pas essayé ». M. Bonhomme pouvait faire 60%, vote d’adhésion ou vote de stabilité ? Je pense que ce vote n’est pas très différent. Mais le trompe-l’œil a fait son effet et la liste gagnante est persuadée d’avoir mené, selon un tout nouvel adjoint, une belle campagne malgré les méthodes utilisées. Même myopie, on verra le résultat.
Je suis donc entrée dans tout ça par la colère, et à chaque étape, frustrée de regarder la scène, je me suis retrouvée sur un terrain extrêmement désagréable et finalement assez commun à la pratique politique locale et nationale : la conflictualité.
J’en ai récolté les fruits lors du premier conseil municipal, qui se déroulait ce vendredi 20 à 17h et où les détestations étaient palpables. Comme je l’ai dit ici, je compte assister à tous les conseils municipaux avec un double objectif : être informée de tous les dossiers en cours, et confronter les promesses de campagne à la réalité. À chaque étape j’ai enregistré les réunions publiques, et cette fois-ci, de la même manière, je me suis installée dans le public avec mon gros enregistreur numérique posé en évidence sur mes genoux.
À la moitié du conseil, un conseiller de l’opposition interpelle le président de séance, qui, en l’absence du maire sortant M. Bonhomme, avait été confié au doyen du dernier conseil municipal installé. Ce conseiller dit : « Le conseil municipal n’a pas lieu d’être enregistré », en faisant référence à mon appareil. « Ah bon, je n’ai pas le droit ? » ai-je demandé au président de séance, qui, après approbation du nouveau maire, me demande d’éteindre mon appareil. On me souffle à l’oreille que c’est faux, et je vérifie immédiatement sur internet.
On m’avait prévenue au début du conseil que le public n’avait en aucun cas le droit d’intervenir pendant la séance. Mais j’avoue que, sidérée qu’on m’empêche d’enregistrer alors que cela ne gêne strictement personne, et que c’est uniquement pour documenter les échanges et ne pas les interpréter de mémoire que j’enregistre, j’ai réagi en lisant le texte de loi qui autorise bien l’enregistrement audio et même vidéo des conseils municipaux. Ce même conseiller s’énerve alors et me dit que je peux me taire et sortir.
Je comprends son énervement envers moi après mes derniers articles, notamment sur le dernier tract de sa liste. Je ne serais pas étonnée qu’il en soit l’un des principaux auteurs, je reconnais son style. Heureusement qu’il n’est pas adjoint aujourd’hui, et j’espère sincèrement qu’il ne le sera jamais. Je sais le mal que peut faire un caractère autoritaire à une équipe.
Je reste tout de même à ma place, assise à côté de l’ancien maire de Riantec, M. Le Breton, qui, à 94 ans, était là, toujours intéressé par la vie de la commune. C’est dans son conseil municipal, en 1983, que le nouveau maire Gaëtan Malardé a fait ses débuts.
À la sortie, je reste discuter devant la mairie. Une toute nouvelle adjointe, diligente, vient me voir pour m’expliquer qu’elle s’est renseignée et que je n’aurais en effet pas le droit d’enregistrer ni d’intervenir pendant le conseil.
Plus tard, un autre tout nouvel adjoint vient également me voir, tout sourire, pour me dire qu’il trouve que ce conseiller de l’opposition a eu tort de me parler ainsi. Cet adjoint avait estimé que je l’avais insulté lors d’une réunion publique, ce qui est grotesque, et il était donc tout heureux de ce retournement de perspective.
C’est de bonne guerre, et franchement je serais mal placée pour en vouloir à tous ces participants au jeu des élections et de la comédie humaine. Ils auraient tout de même mieux fait d’aller voir celui qui a interrompu le conseil, qu’ils ont pourtant appuyé, pour lui rappeler la loi.
Sur le fond, maintenant : j’ai le droit d’enregistrer les conseils municipaux et je continuerai de le faire, à moins que vous me montriez la loi, la jurisprudence ou le règlement faisant autorité qui m’en empêche. Si vous ne voulez pas être enregistrés et souhaitez poser les premiers jalons de votre démocratie participative autoritaire, alors faites vos conseils municipaux à huis clos. Je mets les articles de loi en POST SCRIPTUM de cet article.
J’espère que c’est la dernière fois que j’agace par des écrits un peu trop personnels, qui détonnent dans un monde où l’on agit habituellement dans la ouate du désintérêt général et du temps qui efface.
Il me paraît évident que, dans l’état actuel des choses, jamais plus je ne voudrai faire campagne. Je suis d’une famille de cardiaques et mon cœur ne tiendrait pas, j’en suis sûre, puisque j’en ai déjà senti les effets.
Je canalise maintenant ma colère pour étudier, comprendre, et voir s’il est possible de faire autrement. Je ne sais plus si c’est possible quand je vois les mécanismes à l’œuvre à Riantec. Est-ce vraiment par la commune que l’on peut agir ? J’irai confronter mes idéaux au terrain de ces équipes municipales qui m’ont donné l’espoir que la commune pouvait être à la base d’une autre façon de construire et de vivre ensemble.
L’arène électorale est extrêmement éprouvante parce qu’elle m’apparaît comme polluée par beaucoup de choses qui n’ont pas grand-chose à voir avec la construction d’un projet commun pour la ville.
POST SCRIPTUM












