Mes réflexions sur la réunion publique « Agir ensemble pour Riantec »
La liste Agir ensemble pour Riantec, conduite par Fabienne Le Roch, tenait jeudi 26 février sa réunion publique. Un exercice toujours délicat, que la tête de liste a abordé avec une certaine aisance et décontraction. Le programme présenté contient un chapelet d’idées dont je ferai le détail dans un prochain article et qui servira à suivre le travail de cette équipe s’il elle venait à se retrouver aux commandes. A noter que s’il y a un domaine où l’on sent l’entrain et l’engagement de Mme Le Roch, c’est dans le développement des activités culturelles à Riantec.
Cela dit, cette présentation appelle quelques réserves de fond.
Une frontière floue entre projets et engagements
Le premier point d’interrogation tient au registre employé tout au long de la soirée. Le champ lexical dominant était celui du conditionnel et du possible : « on pourrait », « on a la possibilité de », « auquel nous pensons ». En soi, la prudence n’est pas un défaut. Mais elle devient gênante quand elle coexiste avec des annonces concrètes et ambitieuses, comme le projet d’extension de l’école destinée à regrouper médiathèque, Effet Mer et relais des homards.
Cette confusion est apparue très clairement lors des questions-réponses avec le public. Plusieurs colistiers ont répondu en chœur qu’ils ne pouvaient « pas s’engager sur ceci ou cela car ce n’est pas possible dans un programme » alors même que des projets structurants avaient été présentés quelques minutes plus tôt comme des orientations concrètes. La limite entre ce qui est déjà engagé par la mairie comme le chauffage à bois, ce que l’équipe aimerait faire et ce qu’elle sait pouvoir faire reste floue.
Ce flou n’est pas sans conséquence pour les habitants qui cherchent à voter en connaissance de cause. La liste dispose pourtant d’un avantage considérable : une partie de ses membres est déjà en place dans l’équipe municipale sortante. Ils ont accès aux données, aux contraintes réelles, aux délais. Pour leur prochaine réunion publique, il serait précieux qu’ils distinguent clairement ce qui relève d’une démarche qui ne dépend pas d’eux, de ce qui relève d’un engagement ferme, avec un “comment” et une échéance, de ce qui reste une intention ou une piste de réflexion.
Pas de constat, pas de responsabilité
Le second point, plus préoccupant, concerne l’urbanisme. La question des constructions récentes à Riantec, souvent perçues comme réalisées sans concertation, sans compréhension des usages, sans information préalable, et parfois en dépit du bon sens est probablement le sujet qui suscite le plus de crispations dans la commune. C’était donc une occasion en or de rassurer, de comprendre, de proposer.
La réponse apportée a été décevante. Madame Le Roch a en substance renvoyé vers le PLU et ses contraintes réglementaires. Certes, les quotas de construction s’imposent à nous, mais la mairie n’est pas pour autant dépourvue de leviers : la qualité architecturale, l’insertion dans le tissu existant, la concertation préalable, la réflexion sur les mobilités, tout cela relève aussi d’une volonté politique. Ces éléments n’ont pas été évoqués.
La question a été traitée en deux phrases, avec un argument qui ressemble fort à la signature de l’équipe sortante : « on ne peut rien faire, ce n’est pas nous. » Et pour clore le sujet, on a ajouté que de toute façon il ne resterait plus guère de terrains constructibles, donc le problème se résoudrait de lui-même.
N’assumer une quelconque responsabilité sur ce sujet, même partielle, même collective, ne présage pas forcément d’un changement de pratique. Et c’est précisément ce changement là que beaucoup espèrent.
« Guidés par l’écoute » : les mots et les actes

Le tract de la liste l’affiche : « une équipe guidée par l’écoute », « un projet construit avec et pour les habitants ». Fabienne Le Roch l’a répété lors de la réunion : l’écoute est l’un des piliers de leur méthode de travail.
C’est une belle promesse. Winston Churchill disait : « Je n’écoute plus ce que disent les gens, je regarde juste ce qu’ils font. Le comportement ne ment jamais. »
De tous les messages reçus via ce site, de toutes les conversations menées depuis des années avec des Riantecois, le sentiment de ne pas être écouté, de subir est l’un des plus forts et des plus constants. C’est dans ce contexte que j’ai posé ma question lors de la séance de questions-réponses : « Quelle forme cette écoute va-t-elle prendre, puisqu’aujourd’hui, en amont des projets, elle est inexistante ? »
En substance : quelles preuves concrètes, quelles méthodes précises permettront de garantir que l’avis des citoyens soit réellement intégré au processus de décision avant le lancement des projets ?
La réponse : le déploiement d’un réseau social communal sécurisé, présenté comme un outil interactif permettant aux habitants de faire remonter leurs besoins. Madame Le Roch a cependant refusé d’en dire davantage, expliquant qu’elle ne voulait pas « donner toutes ses billes ».
Soit. Mais quel intérêt de faire mystère d’un point de son propre programme ?
Passons et surtout, allons au fond du sujet.
Le pont, les deux Mme C, et ce que ça nous dit vraiment
Le problème n’est pas le canal d’information. Permettez-moi d’illustrer mon propos par une histoire, parmi bien d’autres.
Sur l’étang passe un joli pont en bois. Par temps humide, il devient glissant. Plusieurs personnes y sont tombées. Le fait a été signalé à la mairie, sans effet. Une première Mme C tombe, se casse le poignet. Elle le signale. Rien. Des années passent. Une deuxième Mme C tombe à son tour, elle est enceinte. Dans la semaine, des baguettes antidérapantes sont posées.
Ce que nous apprend cette histoire : le problème n’est pas le canal de remontée d’information. Les gens s’étaient déplacés à la mairie avec leurs pieds. S’il y avait eu une application, ils auraient remonté l’information par ce canal. Le problème, c’est la prise en compte. Au-delà du mot écoute, c’est le mot considération qui manque.
Faciliter la communication, c’est bien. Mais si le message reçu n’est traité qu’au bout de plusieurs accidents, ce n’est pas un problème d’outil, c’est un problème de culture.
La vraie question que j’aurais dû poser plus précisément : « Quand des projets importants pour la commune sont lancés, allez-vous mettre en place des groupes de concertation avec les habitants, plutôt que de les placer devant le fait accompli ? »
« Je suis de bonne foi, ce sont sûrement tous ces gens qui m’ont dupée »
Lorsque j’ai évoqué ce sentiment partagé par de nombreux habitants, celui de ne pas être consultés ni réellement pris en compte sur les grands projets, Madame Le Roch m’a rétorqué que j’étais de mauvaise foi.
Je suis de bonne foi. Ce sont sûrement tous ces gens qui m’ont dupée.
Alors oui, Monsieur Churchill, parfois il ne faut pas s’arrêter aux mots, mais aux attitudes. Et dans ce cas-là, je ne vois pas ce qui va changer.
D’ailleurs, si des espaces collectifs existaient pour exprimer interrogations, attentes et mécontentements, cette réunion n’aurait pas tourné en une série de demandes d’explications. Elle est, en elle-même, la preuve d’un déficit d’écoute dans la commune. Parfois il suffit d’être capable d’entendre pour apaiser, et reconnaître ses manquements pour montrer sa bonne volonté à y remédier.
Mme Le Roch a évoqué un mystérieux « collectif Guinguette » et affiché sa volonté de promouvoir la constitution de tels groupes. Nous voilà, selon moi, face à un exemple de cette confusion persistante entre une véritable concertation citoyenne et de simples tractations menées entre quelques initiés qui pourraient décider pour nous tous.
Mais au fond, qu’est-ce que ce collectif Guinguette ? Qui en sont les membres ? Au nom de qui parlent-ils ? Et pourquoi une guinguette plutôt que des halles, idée évoquée, elle, par d’autres habitants tout aussi légitimes ? Autant de questions qui restent sans réponse.
J’ai bien peur que nous ne continuions, une fois de plus, à avancer dans le noir.
Aux questions du public, on a entendu les éternels réflexes : « ça, c’est pas nous, c’est l’Agglo », « c’est une propriété privée », « c’est le Conservatoire du littoral »… Et si vous portiez notre voix, précisément là où « c’est pas nous » ? Cette sensation d’être dépossédé de tout moyen d’action sur son propre territoire, c’est épuisant. Et à l’excuse, “y a pas d’argent”. Il vaudrait mieux dire : il y a des arbitrages puisque la salle multisport a couté plus d’un million, un projet pourtant sous-subventionné, sans parler de l’extension de la mairie.
Une lueur d’espoir, quand même
Et pourtant ! Il serait injuste de ne pas le dire.
Une poignée de colistiers ont adopté une posture radicalement différente. Pendant la réunion, certaines se sont saisies du micro pour répondre à des questions spécifiques avec franchise : « Je vous comprends, nous sommes conscients du problème. J’ai rencontré telle personne, je compte entreprendre telle démarche. Il y a tel obstacle, mais je ne lâcherai pas. Je ne peux pas garantir le résultat mais je ferai de mon mieux. » Ce n’est pas grand-chose, en apparence. C’est en réalité primordial.
Après la réunion, j’ai discuté avec quatre colistiers qui m’ont redonné l’espoir qu’une autre approche est possible. Arrivés récemment sur la liste, engagés justement parce qu’ils sont capables de reconnaître les manquements et que c’est même pour certains la raison de leur engagement, ils portent un véritable espoir. Souhaitons qu’ils soient suffisamment nombreux et suffisamment déterminés pour insuffler un esprit nouveau, prêts à engager le changement que nous appelons de tous nos vœux.
“On va vous écouter si vous votez pour nous madame”
La perle de la soirée









