Riantec : Au-delà de la ville dortoir, une âme millénaire
On entend parfois dire que Riantec s’endort, devenant peu à peu une « ville dortoir ». Pourtant, réduire notre commune à cette fonction serait ignorer le fil invisible qui nous relie à une histoire millénaire.
Le dolmen de Kerporel n’est pas qu’une vieille pierre dans un bois, c’est un témoignage inouï. Ce sont des millénaires qui nous contemplent. Cette présence nous rappelle que nous ne sommes que les passagers actuels d’une terre habitée, travaillée et aimée depuis la nuit des temps. Pour avoir voyagé et vécu sur cinq continents, j’ai pu observer à quel point la diversité des points de vue, des coutumes et même des régimes alimentaires constitue la véritable richesse de notre humanité. Chaque culture est une réponse différente à la même question : comment vivre ensemble ?
J’aime me laisser guider par la vie, toujours attentive aux voies qu’elle m’ouvre. À la fin de l’année 2025, j’ai choisi de suivre un « fil », un de ces indices que la vie sème parfois.
Tout commence par quelques blagues chez le garagiste en début d’année. Un monsieur d’un certain âge, avec qui je sympathise, sort de son portefeuille une invitation. « Vous êtes bien sympathique », me dit-il en me tendant un ticket pour le Musée des Thoniers à Étel.
J’aime Étel, sa lumière, la Ria bordée de sable qui lui donne une couleur si singulière.
Profitant d’un rendez-vous à Plouhinec, je pousse jusqu’à la cité maritime. Mais il me reste deux heures avant l’ouverture du musée.
Je pars flâner dans les rues étroites de la ville, j’y fais souvent des rencontres étonnantes. La dernière fois j’y ai discuté 3 heures, envolées en quelques minutes, avec Catherine. Alors que me réserve Etel aujourd’hui ?
Dans les hauteurs, je croise Pierre qui monte dans sa voiture. Quand je me pose une question, je la pose aux gens que je croise. Donc je partage avec lui mon questionnement sur l’identité. “Vous avez un peu de temps ? » me demande-t-il en refermant sa voiture. Après tout, il me reste deux heures avant l’ouverture du musée, donc “oui”. “J’ouvre une bouteille de champagne !” Contre toute prudence apprise, je le suis dans sa petite maison de pêcheur.
Pendant deux heures, coupette à la main, nous voilà plongés dans les albums de famille. Les photos d’un autre temps, les destins qui se croisent, la façon dont on arrive là où on est… Je suis friande de ces histoires-là. Ce sont des racines qui se partagent. Sur le perron de la porte, Pierre me demande s’il peut m’embrasser. J’opine de la tête. Il encadre mon visage de ses mains et me dépose un baiser sur la joue, et me voilà partie pour le musée.
Ce qui me frappe à Etel, c’est de voir comment une commune peut littéralement transpirer son histoire. Elle est partout : sur les murs, dans les murs, hors les murs.
Arrivée au musée des thoniers, j’y ai rencontré deux bénévoles, des femmes retraitées qui n’étaient pas natives d’Étel et qui pourtant en étaient les plus fières porte-drapeaux. Le musée n’est pas un mausolée, c’est un lieu de lien où l’on croise des tout-petits, des résidents de maisons de retraite, des familles… L’équipe du musée avait créé un jeu de piste qui était l’occasion d’échanger avec les autres visiteurs. Certains venaient de Vannes ou de Guidel. Il y avait, à ma grande surprise, beaucoup de monde.
Ce musée est l’illustration parfaite d’habitants en lien qui créent du lien. On y métisse l’héritage au contemporain.
Et nous, les « Culs Salés » ?
En rentrant à Riantec, une question me hante : comment notre commune a-t-elle perdu ce sentiment d’appartenance ?
Ici, pour ériger la salle multisports, on n’a pas hésité à détruire une partie du mur d’enceinte du château de Kerdurand, vestige d’avant la Révolution. Là, le phare de Poulfanc semble presque déranger. Plus loin, la municipalité aurait des vues sur le cimetière, prête à bâtir sur la mémoire de ceux qui ont façonné cette ville. Partout, l’histoire s’efface, écrasée sous le poids du béton.

Je ressens la fierté vibrante des Port-louisiens ou des Minahouëts. Mais nous, les Culs Salés, semblons parfois avoir oublié d’où nous venons.
Est-ce la fatalité d’être une ville dortoir ? Je ne le crois pas. Si des néo-résidents à Étel peuvent devenir les gardiens d’une mémoire maritime, alors rien n’est perdu pour Riantec. Il nous appartient de retisser ce fil, de rouvrir les albums de famille et de faire en sorte que notre histoire nourrisse notre présent..
Notre identité n’est pas un outil de fermeture ou un sceau de supériorité ; elle est une pièce unique dans la grande mosaïque de la diversité humaine.






