Riantec face au défi de l’énergie
L’énergie est le socle invisible de la quasi-totalité de nos activités : éclairer nos rues, chauffer nos écoles, faire fonctionner nos équipements sportifs. Dans un monde où les ressources se tendent et les prix s’envolent, l’inaction est un risque que nous nous devons de prendre en compte. La commune doit passer de simple consommatrice en une entité capable de produire, d’économiser et de partager son énergie.
Pour les mairies, l’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence a transformé la gestion de l’énergie en un défi complexe et risqué, marqué par plusieurs enjeux majeurs :
L’instabilité et l’explosion des coûts budgétaires : depuis les années 2000, de nombreuses communes ont été contraintes de quitter les tarifs réglementés d’EDF pour se tourner vers le marché libre. Cette transition expose les budgets municipaux à une volatilité extrême ; à Neuilly-sur-Marne, par exemple, le prix du mégawattheure a pu bondir de 64 euros à plus de 2 000 euros, entraînant un surcoût annuel de plusieurs millions d’euros (4,7 millions d’euros pour cette seule ville en 2023). Ces hausses sont impossibles à absorber par de simples économies d’énergie.
La menace sur la continuité des services publics : les mairies ont la responsabilité d’équipements essentiels, comme les écoles ou les infrastructures sportives. En période de crise, elles peuvent se retrouver face à des appels d’offres infructueux, aucun fournisseur ne souhaitant s’engager sur des prix stables. Le risque ultime est celui d’une coupure généralisé. Si une mairie ne parvient pas à renouveler son contrat ou à payer ses factures, Enedis est légalement obligé de procéder à une coupure totale de l’électricité sur demande du fournisseur.
La mutation des compétences des élus : face à la dérégulation, le métier d’élu ou d’agent municipal évolue malgré lui vers une forme de spéculation forcée. Pour limiter les dégâts, certains responsables doivent désormais surveiller quotidiennement les cours de la bourse de l’énergie afin de tenter de signer un contrat au moment où les prix sont les « moins pires ».
Le dilemme du « racket énergétique » : les mairies se retrouvent dans une situation où elles ne peuvent ni réduire le chauffage dans les écoles à des niveaux inacceptables (comme 12 degrés), ni se passer d’électricité. Elles sont alors prises au piège d’un système où elles doivent soit payer des sommes exorbitantes au détriment d’autres services publics, soit risquer l’arrêt total des services.
Anticiper l’avenir est une nécessité absolue pour une commune.
Riantec en a déjà fait l’amère expérience avec les prêts dits « toxiques ». À l’époque, ces emprunts paraissaient avantageux : des taux bas, rassurants à court terme. Mais la mauvaise évaluation des risques à long terme, des taux variables non plafonnés indexés sur le franc suisse, a durablement étouffé les finances communales.
Pendant des décennies, le poids de la dette a limité les capacités d’investissement, retardé des projets essentiels et contraint les choix politiques.
De la même manière, ne pas anticiper les pénuries d’énergie ou les hausses brutales de prix, c’est exposer la commune à des blocages structurels : factures ingérables, services fragilisés, arbitrages douloureux. Le manque de moyens financiers ne freine pas seulement l’action publique, il change le destin même d’un territoire, son développement, sa configuration et son attractivité.
Penser dès maintenant la résilience énergétique, c’est refuser de laisser l’avenir de la commune se jouer sur des paris mal maîtrisés.
Aujourd’hui, force est de constater que les informations disponibles sur la politique énergétique de la municipalité restent très limitées. En dehors de quelques éléments glanés au détour d’échanges informels, comme l’installation de trois chauffages au bois, il est difficile d’identifier une stratégie claire, des objectifs chiffrés ou une trajectoire assumée en matière d’énergie.
La ville a bien inscrit dans ses budgets une provision destinée à faire face à la hausse des coûts énergétiques, intégrée dans un ensemble de plus de 1,7 million d’euros de provisions globales visant à sécuriser les finances communales. Cette approche témoigne d’une gestion prudente à court terme, mais elle ne saurait remplacer une vision politique structurée.
Sans données publiques sur les objectifs poursuivis, les choix opérés ou les investissements à venir, il est impossible pour les citoyens d’évaluer la capacité de la commune à anticiper durablement les risques énergétiques et leurs conséquences financières.
Cet article s’appuie sur ce documentaire de LCP La chaine parlementaire.
Electricité, à la merci des marchés
Votre facture d’électricité n’est pas ce que vous croyez
La hausse de votre facture d’électricité est une source de frustration et d’incompréhension pour des millions de Français. Les explications officielles pointent souvent la reprise économique post-Covid ou les tensions géopolitiques liées à la guerre en Ukraine. Pourtant, ces événements n’ont été que les amplificateurs d’une crise bien plus profonde, dont les racines plongent dans plus de quinze ans de réformes du marché européen de l’électricité. Comme le confirment les experts, la flambée des prix a commencé dès le printemps 2021, bien avant l’invasion de l’Ukraine.
Conçue pour introduire la concurrence et, en théorie, bénéficier au consommateur, cette libéralisation a créé un système aux conséquences souvent absurdes, déconnecté de nos réalités industrielles. Cet article révèle cinq vérités surprenantes sur le fonctionnement de ce marché, qui expliquent pourquoi vous payez votre électricité si cher.
1. Le paradoxe des prix : Notre électricité nucléaire ne détermine pas son prix
Le premier choc est un paradoxe économique majeur. La France produit une électricité majoritairement nucléaire, donc décarbonée, et à un coût de production historiquement très bas. Logiquement, les Français devraient bénéficier de l’un des tarifs les plus avantageux d’Europe. Or, le prix que vous payez n’est pas directement lié à ces coûts de production nationaux.
Sur le marché unique européen, le prix de l’électricité pour une heure donnée est déterminé par le coût de la dernière centrale appelée pour répondre à la demande sur le continent. Il s’agit très souvent d’une centrale à gaz, car elles sont les plus rapides à démarrer pour répondre à un pic de demande, mais aussi les plus chères à opérer. Le prix de l’électricité pour tous les producteurs, y compris le nucléaire français, est alors aligné sur ce coût marginal, le plus élevé. Face à cette flambée des prix, le ministre de l’Économie de l’époque, Bruno Le Maire, a lui-même qualifié le système d’« aberrant » sur les ondes :
« Il est aberrant nous en france on s’approvisionne en électricité à partir des centrales nucléaires donc on a une énergie qui est décarbonée et un coût très bas mais le marché unique de l’électricité européen fait qu’il y a un alignement des prix de l’électricité en france sur les prix du gaz il faut revoir de fond en comble le fonctionnement de ce marché unique de l’électricité »
2. Une concurrence « artificielle » : EDF a été contraint d’aider ses propres concurrents
L’ouverture du marché à la concurrence au début des années 2000 n’a pas immédiatement séduit les consommateurs français. Face à une forte fidélité à l’opérateur historique EDF et à son tarif réglementé, les nouveaux acteurs peinaient à s’imposer. Les pouvoirs publics et les régulateurs ont donc décidé de « stimuler » artificiellement cette concurrence.
Pour ce faire, une mesure radicale a été prise : le tarif réglementé de vente (TRV) d’EDF, auquel la majorité des ménages étaient abonnés, a été délibérément et progressivement augmenté. Entre 2010 et 2020, il a été multiplié par deux. L’objectif était simple : rendre les offres d’EDF moins compétitives pour que celles des fournisseurs alternatifs apparaissent plus attractives. En d’autres termes, les pouvoirs publics n’ont pas simplement ouvert un marché ; ils ont activement handicapé l’acteur public pour garantir la survie de ses concurrents, aux frais ultimes du consommateur. On a donc assisté à la création d’une concurrence « sous perfusion ».
3. L’ARENH : Un système unique au monde qui oblige EDF à vendre à perte
Pour mettre en œuvre la politique de concurrence artificielle décrite précédemment, un dispositif unique au monde a été créé en 2010 : l’ARENH, ou Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique. Ce mécanisme « franco-français » est au cœur de nombreuses dérives du marché.
Son principe est simple : il oblige EDF à vendre environ un quart de sa production d’électricité nucléaire à ses concurrents directs. Le prix de vente est fixé par l’État à 42 euros le mégawattheure, un tarif bradé en dessous du coût de revient de l’entreprise et, surtout, déconnecté des prix du marché. Conçu pour donner aux fournisseurs alternatifs un accès à une électricité bon marché qu’ils étaient censés répercuter sur les factures, l’ARENH est rapidement devenu un objet de spéculation. Pendant la crise énergétique, certains fournisseurs ont profité de l’aubaine : au lieu de fournir leurs clients, ils ont préféré revendre cette électricité sur le marché boursier où les prix dépassaient plusieurs centaines d’euros, réalisant ainsi des profits colossaux. Le cas du fournisseur « Home énergie », condamné pour « abus d’ARENH », n’est que la partie émergée de l’iceberg.
« C’est un système complètement aberrant qui n’existe nulle part ailleurs dans l’union européenne et nulle part ailleurs dans le monde »
4. Le mirage des « fournisseurs » : Des revendeurs qui ne produisent rien
Lorsque vous souscrivez à une offre chez un fournisseur d’électricité « alternatif », vous imaginez probablement une entreprise qui produit de l’énergie. La réalité est tout autre. La grande majorité de ces nouveaux acteurs ne possèdent aucune centrale, aucune éolienne, aucun barrage. Ils ne produisent ni n’acheminent le moindre électron.
Leur rôle est essentiellement celui d’intermédiaires financiers. Ils achètent des contrats de fourniture d’électricité sur le marché de gros (notamment via l’ARENH) et les revendent avec une marge aux consommateurs. Parce que leur modèle économique ne requiert aucun investissement physique, ils sont structurellement incités à l’arbitrage financier et à la spéculation plutôt qu’à la sécurisation d’un approvisionnement stable. Un intervenant dans le documentaire ‘À la merci des marchés’ résume brutalement ce modèle économique :
« Ils ne produisent rien, ils achètent d’un côté sur des tarifs qui sont plafonnés par l’état, ils revendent plus cher sur un tarif libre pour se faire de l’argent. La seule chose qu’ils ont besoin d’investir, c’est dans une imprimante pour faire des factures. »
5. Une expérience coûteuse : Des milliards d’euros payés par le contribuable et EDF
Les mécanismes décrits ci-dessus ont eu des conséquences financières désastreuses, particulièrement visibles lors de la crise de 2022. Pour EDF, la situation a tourné à la « double peine ». Avec une partie de son parc nucléaire à l’arrêt pour maintenance, l’entreprise a dû faire une chose insensée : racheter de l’électricité sur le marché à des prix exorbitants (entre 345 et 365 euros le MWh) pour la revendre immédiatement à ses propres concurrents au prix fixe de 42 euros, comme l’exigeait l’ARENH. Cette opération a coûté à elle seule 8,4 milliards d’euros à l’entreprise publique.
L’absurdité atteint son paroxysme lorsque l’on découvre qu’EDF a dû racheter cette électricité à prix d’or sur le marché… à ces mêmes concurrents qui venaient de la lui acheter à bas prix. Ces derniers ont ainsi pu revendre à EDF l’énergie dont l’opérateur public avait besoin pour ses propres clients, bouclant une boucle spéculative parfaite aux frais de l’entreprise nationale.
Parallèlement, l’État a dû intervenir massivement pour protéger les consommateurs. Le « bouclier tarifaire » et les autres aides ont représenté une dépense de plus de 50 milliards d’euros. Au total, ce sont près de 60 milliards d’euros qui ont été dépensés par l’État et son électricien public, non pas pour construire de nouvelles infrastructures, mais simplement pour colmater les brèches d’un système de marché dysfonctionnel.
Et si le service public était la solution ?
L’expérience de la libéralisation, qui promettait des baisses de prix grâce à la concurrence, a abouti au résultat inverse : une instabilité chronique, une spéculation débridée et des coûts massifs supportés par la collectivité. Le système a été si défaillant que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a elle-même reconnu en septembre 2022 que le marché actuel « ne fonctionne plus » et « n’est plus adapté ».
La décennie de libéralisation n’a pas apporté l’efficacité promise, mais a plutôt institutionnalisé la spéculation et socialisé les pertes. Alors que les défis de la transition énergétique exigent des investissements massifs et une vision à long terme, la question se pose avec une acuité renouvelée : un bien aussi essentiel que l’électricité peut-il vraiment être laissé à la merci des marchés ?
Pour les mairies, naviguer sur le marché actuel de l’énergie revient à essayer de maintenir un phare allumé en pleine tempête, alors que le prix de l’huile change chaque heure et que le fournisseur menace d’éteindre la mèche à tout moment.






